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Se foutre à poil...


Temps de lecture : 15 minutes

Cher lecteur rêveur,

Je regarde la pluie qui tombe par la fenêtre. Les nuages sont bas, ma tête est embrumée. Je cherche un coin de soleil quelque part mais en vain. Je mets les écouteurs, « Catalonia calling » (The trouble notes) dans les oreilles et une tasse de thé fumant sur le rebord de la table. Tout y est. Le tableau est complet, il ne me reste plus qu’à coucher mes pensées sur le clavier.

À chaque fois que je m’apprête à écrire un texte très personnel, je me demande : Mais pourquoi au faite ? Quel est intérêt d’écrire (publiquement) ça ? Une question qui me permet de rester clair avec ma motivation et de garder un fil conducteur/un garde fou car ce tiroir des mots n’est pas mon journal intime…

***

Un mois a passé avant que j’y revienne. Le temps que le printemps s’installe, que les rayons du soleil imprègnent ma chambre et mes pensées...

J’écris parce que je ne sais pas faire autrement, comme une nécessité de l’Être de s’exprimer, d’habiter le monde à travers une forme ou une autre. Ensuite, je publie certains textes comme un besoin de partager, ensemble, nos cheminements, nos expériences et nos questionnements.

Je crois profondément que l’on s’enrichit les uns les autres en semant/s’aimant avec bienveillance, des petits riens qui remplissent le cœur durablement… Je crois profondément que c’est en échangeons nos graines que l’on grandit et que la meilleure manière de créer un changement positif dans ce monde est d’être un exemple


Être artiste professionnel c’est être un entrepreneur…

En devenant illustratrice en 2013, un nouveau monde s’est ouvert à moi, une aventure incroyable mais aussi extrêmement difficile sur le plan moral et physique.

Il m’a fallu « sortir de moi », c’est à dire dépasser ma timidité et mon gros manque de confiance en moi. Accepter de me « mettre à nu » en montrant mon travail et dans ma communication. Dépasser ce sentiment de manque de légitimité parce que je n’ai pas fais d’école d’art... Développer un réseau de confiance pour sortir de l’isolement (là grosse claque - j’ai découvert un monde cruel et compétitif entre artiste), apprendre à vendre mon travail, à me mettre en avant (ahah! ça me donne encore des frissons !), à être rentable tout en restant authentique dans sa démarche artistique… Gérer l’administratif et la comptabilité (migraine assurée – Merci maman pour ton aide précieuse !)… Me former constamment pour proposer toujours plus de champs de possible et faire évoluer mon style…

Gérer les doutes (nombreux), les périodes creuses (nombreuses), les absences de retours/réponses (envois de book aux éditeurs, devis…), l’éthique (rester fidèle à mes valeurs tout en faisant du marketing) et tout le reste, la vie, la maison… (Bon là j’avoue, en bossant 7 jours/7, 10 à 12h par jour, il n’y avait pas de place pour grand chose à côté…)

Bref, une contradiction intérieure s’est progressivement installé, un condensé d’émotions fortes entre excitation et déception, sans pause ni recul... Ce qui à la base a ouvert mon esprit comme un voyage s’est transformé en prison... Enfermée dans un tourbillon infernale entre créativité excessive et course aux expos et aux marchés ; Mon intuition s’est d’abord fait la malle puis mon esprit ne trouvant plus de répit, mon corps a fini par s’essouffler.


Au départ, je n’avais pas prévu de devenir illustratrice. Je me suis laissée embarquer par ma spontanéité après mon premier livre (contrat un peu « tombé du ciel » pour faire court ^^), en me disant : « Soyons fou, ce serait quand même génial de pouvoir continuer à faire tous les jours ,ce qui me fait autant vibrer. » Et puis, je rentrais de 2 ans et demi de vie de nomade à travers le monde, alors réaliser des rêves un peu fous, relever des défis, ne me faisait pas peur ! Là, je me suis bien plantée !

Je n’avais pas non plus prévu de tomber malade fin 2014.

J’ai eu l’impression d’avoir été taclé dans ma course de la vie… J’étais en réalité complètement à côté de mes pompes depuis des mois. Tout s’est écroulé en l’espace de quelques jours et l’urgence n’était plus la nouvelle expo ou la nouvelle peinture mais bien de rester en vie…

Il m’a fallu apprendre à vivre avec cette nouvelle compagne, cette sorte d’amie/ennemie qui vous colle à la peau, qui s’englue dans tout ce que vous faites, êtes. Une nouvelle part d’identité qui fût difficile à accepter. Et puis Maladie n’est pas venue seule… Elle s’est pointé avec ses potes, dont la famille « Peurs ».

Tu as peur ? Moi aussi.

Je me suis retrouvée ensevelit sous la Peur. Un monstre géant s’est dressé devant moi et a prit possession de la moindre partie de mon quotidien, de mon intimité… Des choses banales sont devenues des ennemis dont il fallait se méfier ; De part les symptômes de la maladie mais aussi à cause de cette crainte que la moindre amélioration soit anéantie par un simple grain de poussière. Une totale perte de contrôle sur mon corps, mon environnement, mon devenir... J’étais déstabilisée et je ne savais plus quoi penser, ni quoi faire…


« La peur arrive quand la réalité entre en collision avec nos fictions personnelles.

Quand la peur apparaît dans notre méditation, nous appliquons un antidote. En reconnaissant comme un produit du mental ce qui surgit à chaque instant, nous restons dans le présent. Il est important de se souvenir que nous ne sommes pas condamnés à reproduire éternellement nos vieux schémas.

En restant dans le présent, nous pouvons laisser aller le passé et le futur - les quartiers généraux de nos peurs. Nous reconnaissons ce qui se passe et nous lâchons prise, en revenant au point focal de notre méditation - la posture, la respiration, la visualisation - ou à l'espace non conceptuel.

Par la motivation, l'honnêteté, et la confiance nous pouvons pratiquer avec nos peurs et aller au delà d'elles d'une façon que nous n'aurions jamais crue possible. » Lama Tsoknyi Rinpoche

Comme une urgence, un remède : semer des graines de douceur à l’intérieur...

Ce fût un moment déterminant dans ma vie. Il m’a fallu transformer la souffrance en chemin de renaissance. Grâce aux nombreuses aides reçues qui m’ont guidé, ainsi qu’à cette force de persévérance et d’optimisme, j’ai pu finalement déposer les armes, relâcher l’ego, le vouloir, le contrôle… Et commencer à prendre soin de moi véritablement. Un espace de possibles s’est alors ouvert, une brèche à travers laquelle la lumière a pu s’infiltrer à nouveau. Je suis passée d’un désert en feu à une terre fraîche et fertile à cultiver.

La musique, la peinture et la vie en général sont devenus ma thérapie. J’ai commencé a remplir mon intérieur (au sens propre et figuré) de beau, de magique et de poétique pour cultiver la douceur et le réconfort... Le Dharma, les livres, la marche, la mer, la méditation, les arbres, les héros du quotidien qui inspirent par leur courage et leur résilience, ont été mes remèdes.

Faire monter la joie comme une fontaine jaillissante qui désaltère.

Puis, fin 2016, après deux années de doutes mais aussi d’espoirs, un de mes souhaits fût de ramener plus de légèreté dans un quotidien que je trouvais encore trop sérieux, trop limitant. Arroser ce grain de folie, de possibles et d’imprévus qui fait vibrer le cœur et le ventre. Se défaire petit à petit de la peur et retrouver plus de spontanéité. Faire s’envoler les papillons coincés dans la gorge, comme ces maux/mots trop longtemps accumulés/intériorisés…


Début 2017, j’ai donc repris la route pour faire des trucs un peu fous, pas toujours raisonnables mais qui font tellement de bien à la tête et au cœur.

Le voyage aide à sortir de sa zone de confort tout en douceur car le plaisir de la découverte et des rencontres pousse à lâcher « presque » sans s’en rendre compte.

J’ai suivi mes envies et mon intuition. J’ai suivi le vent et j’ai souvent changé de plans… D’ailleurs des plans, j’en avais pas vraiment… Juste vivre... Sortir de la prison que j’avais moi-même construite ces 4 dernières années… Une aventure totalement incroyable (si tu m’as suivi l’an dernier tu sais !) qui m’a conduit bien au-delà de mes rêves les plus fous ! De l’Alsace (dont Strasbourg), la Suisse, le Portugal en « solo » au Luxembourg, à l’Allemagne, l’Autriche , la Hongrie, l’Italie avec les magiciens de The Trouble Notes et puis, la cerise sur le gâteau… Au Népal et en Inde avec une famille de cœur…

Bref, de nouvelles amitiés, des coups de cœur partagés, des étincelles créatives et de la magie. De l’amour, de l’amour et de l’amour distribué dans les cœurs, terreau essentiel pour bien pousser ! Et aussi, des temps de retraites méditatives pour prendre soin de soi et cultiver un recul fécond sur les événements et soi-même…


Et puis comme une envie de se foutre à poil !

Toutes ces expériences m’ont poussé petit à petit à sortir de ma coquille , à oser devenir pleinement qui je suis...

J’ai longtemps chercher des réponses, des explications, une raison à ce qui m’arrivait, un sens à la vie : dans les livres, sur les routes du monde, à travers des discussions, à l’intérieur de moi… Pour finalement en revenir à l’essentiel, arrêter de chercher, m’asseoir et contempler. Enlever les couches une à une…

Lorsqu’on demanda à Bouddha ce qu’il avait gagné à méditer, il répondit : « Rien. Toutefois laissez moi vous dire que j’y ai perdu colère, dépression, anxiété, insécurité, peur de vieillir et de mourir. »

Finalement c’est comme si on avançait dans la vie avec une multitude de combinaisons de ski, de chaussettes, de gants et de bonnets qui nous entravent complètement… Comment se mouvoir, expérimenter le monde avec toutes ces couches ?! Et si finalement le but de cette vie n’était autre que de se foutre à poil… De retrouver, de révéler notre véritable nature ?

Mon vrai métier ? S’aimer !

« Lorsque tu doutes, lorsque tout parait compliqué, lorsque tu tombes dans l’une de tes négatives boucles mentales, rappelle-toi que tu as le pouvoir de t’en libérer, que tu as la clé de ta prison... »

C’est bien la somme de toutes les expériences vécues dans ma vie, de toutes les personnes rencontrées, de tout le bordel, le chaos mais aussi les joies et les prises de conscience qui m’ont secoués ; grâce à cette maladie aussi, que toute ma vie et mon travail ont prit une nouvelle tournure… Comme une nécessité d’être alignée, en cohérence entre mes valeurs et mes actes.

Semer pour allumer des lumières à l’intérieur des êtres et apporter du réconfort en ce monde.


Car nous aspirons tous au bonheur et nous souhaitons tous être séparés de la souffrance. Je me souviens, quand j’étais au plus mal ,de cette idée de danser main dans la main avec d’autres vers la lumière, de se porter mutuellement à travers la tolérance et l’accueil de nos différences comme une richesse. En chacun de nous réside un magicien, une capacité de vie qui peut nous propulser et inspirer les autres… C’est ce qui a donné naissance aux cartes « graines à s’aimer », aux textes « baume au cœur », aux pochons magiques de pensées positives, aux dessins semés ci et là…

Le besoin de réparer son cœur et celui de tous les êtres par tous les moyens en sa possession.

Réparer son cœur pour construire des ponts, afin que chaque instant, chaque pas soit créateur d’un possible et non d’une limite.

Rappel-toi, toujours… Un sourire peut sauver une vie !

Finalement, nous voilà en 2018 et je me sens toujours en pleine digestion des aventures de l’an dernier... Et de ce que j’expérimente actuellement. Plus le temps passe et moins je sais où je vais, moins j’ai de plans, de projets, d’envies… Et je dois avouer que je ressens un GRAND soulagement !

Par moment encore, quand je me sens étouffée car je lutte contre la transformation (processus naturel de la vie pourtant), je me remets à rêver : de ci et là, de ceci ou de cela comme pour fuir la réalité… Mon esprit s’agite, mon cœur se sert… Mon attention est alors focalisée sur ce qui me manque, les aspects négatifs de ma vie et de ce qui m’entoure, le désir, l’envie, la peur aussi…


Dès que je m’en rend compte, je change la fréquence, je médite, je regarde les arbres, le vent et la pluie… J’écoute les conseils de cœurs sages, je ris, je danse, je fais des trucs un peu fous qui font du bien et surtout « je m’autorise » dans l’étendu des émotions qui me traversent… Je respire et je reviens à moi… Je me rapproche de cette nudité apaisante, vaste et lumineuse…

Parfois je rêve de retourner à Kalimpong ou au Sikkim, de collaborer avec d’autres artistes et notamment des musiciens (repartir en tournée, faire des festivals, des performances artistiques,…), de laisser plus de place à la danse dans ma vie…

Et puis, je respire et je souhaite simplement : de ne jamais oublier d'être émerveiller, de rire, d'être joie pour un rien, de manger du popcorn et des barbapapas, de faire des trucs fous pourvus qu'on soit vivants... D’être patience et persévérance quoi qu’il se passe. Et surtout de ne jamais oublier d'aimer sans discriminations, le cœur ouvert à tous les êtres, même les pas belles araignées qui font peur !

Une dernière chose à partager, à laisser infuser...

Rappelles-toi : « Celui qui ne se plante jamais,

n’a aucune chance de pousser.»

Proverbe arabe

À bientôt petite graine en éveil,

Tes messages sont les bienvenus,

Ton silence l’est aussi.

Sois libre d’être toi,

C’est tout ce que je souhaite.

Lerm

#Réflexionsetvoyages

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Lerm 

Contact : lerm.creative[at]gmail.com | +33 (0)695491043

Illustratrice - Auteure - Performance et ateliers créatifs  

Aussi mise en page/graphisme

Pour toute demande d'information, animation d'ateliers, performance, collaboration ou pour passer une commande... Contactez-moi !

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Illustrator - Writter -  Art Performance - Creative workshop  

And Book layout/Graphic designer

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